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Je me sentais sourire.
Le grand désordre que la tempête avait jeté dans ma tête
peu à peu se dissipait.
Noms, articles, adjectifs, pronoms, adverbes…
Des formes que j’avais autrefois connues sortaient du brouillard.
Je savais maintenant, et pour toujours,
que les mots étaient des êtres vivants rassemblés en tribus,
qu’ils méritaient notre respect,
qu’ils menaient, si on les laissait libres,
une existence aussi riche que la nôtre,
avec autant de besoin d’amour,
autant de violence cachée
et plus de fantaisie joyeuse. […]
Il fixait, hypnotisé, les doigts du neveu sublime
qui se promenaient sur les cordes de sa guitare avec une légèreté de chat.
« On dirait que la musique te passionne plus que les paroles.
Un jour je t’emmènerai dans une autre ville
où les notes,
comme les mots ici,
vivent entre elles.
Tu en entendras de belles ! »
Comme les yeux de mon frère brillaient
(on aurait dit deux braises
prêtes à jaillir de leur orbite),
le neveu lui glissa la guitare dans les bras.
« Attention, si tu commences avec la musique,
C’est pour la vie,
Tu ne pourras plus t’en passer. »
Erick Orsenna, La grammaire est une chanson douce
*
Galatée, appareil Lumix
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